Roumanie : Le bois au cœur du Maramureş

La région du Maramureş, dans le nord de la Roumanie, est sans aucun doute la région la plus pauvre du pays. Isolée géographiquement du fait des montagnes, cette région a su garder une certaine authenticité et une architecture rurale d’apparence modeste. Le bois est le matériaux principal et les habitants de cette région savent parfaitement le sublimer, tant sur des portails privés, que dans des églises entièrement construites en bois, où encore, au « Cimetière joyeux » de Săpânţa ! Petit tour d’horizon du Maramureş où le bois est un matériaux noble et précieux !

Des portails en bois riches de symboles

L’architecture rurale du Maramureş fait la part belle au bois ! En circulant à travers cette région de la Roumanie qui partage une frontière avec l’Ukraine au nord, on remarque très vite ces portails en bois sculpté qui ponctuent les villages que l’on traverse ! Ils sont même une marque distinctive du Maramureş.

Constitués de 2 à 8 poteaux, ils sont souvent en chêne, bois dur et résistant qui supporte d’être taillé. Ils sont recouverts dans leur partie centrale d’un petit toit en tuiles de bois traditionnelles de la région.

Ces portails sculptés sont emprunts d’une symbolique forte.

D’abord par l’objet en lui-même. Cette porte, est un lieu de passage, et fait le lien entre le village et la maison. Souvent plus imposant que la maison, il est aussi une sorte de défense face au monde extérieur, face aux inconnus, comme un élément essentiel d’une forteresse, que tout le monde n’est pas autorisé à franchir.

Les poteaux qui le constituent font quant à eux le lien entre la terre et le ciel.

Portail, Monastère de Bârsana, Roumanie, 2023 - © Caroline Cerezo Soudan

La symbolique est forte également dans les décors sculptés et l’iconographie que l’on y trouve.

Les motifs de torsades sur les poteaux accentuent leur verticalité, et donnent une impression d’infini, tout commes les cordes, très présentes également. De nombreux éléments de l’iconographie sculptée reprennent des significations anciennes : les rosaces symbolisent le commencement, la Genèse, le moment de la création du Monde ; les disques solaires représentent la vie ; le serpent le foyer ; les dents de loup sont une protection contre les mauvais sorts. Chaque élément présent sur ces portails a donc une signification forte pour la protection du foyer.

Il n’est pas toujours aisé de s’arrêter au bord de la route pour admirer de près la finesse et la richesse de ces décors de bois. Près Sighetu Marmaţiei, capitale historique du Maramureş, on peut en voir de nombreux exemplaires dans le « Musée du Village », sorte de sanctuaire de l’architecture traditionnelle du Maramureş. Ce musée à ciel ouvert rassemble des monuments anciens et typiques de la région, déplacés et conservés ici. On peut ainsi admirer de près la qualité du travail des charpentiers locaux, dont les traditions de construction et de sculptures ancestrales se poursuivent aujourd’hui.

Portail, « Musée Village » de Sighetu Marmaţiei, Roumanie, 2023 - © Caroline Cerezo Soudan

Les églises en bois du Maramures

Nombre d’églises du Maramureş sont entièrement construites en bois et on y retrouve la même minutie, la même qualité de l’ornementation sculptée que sur les portails privés.

En 1999, l’UNESCO a inscrit un ensemble de 8 églises en bois du Maramureş sur sa liste du patrimoine Mondial Culturel, parmi la quarantaine d’églises en bois recensée dans la région. Ces édifices sont en effet « des exemples exceptionnels d’une architecture religieuse et vernaculaire en bois, fruit des interactions entre traditions religieuses orthodoxes et influences gothiques, dans une interprétation particulière des traditions architecturales du bois, qui laisse apparaître une grande maturité artistique et d’immenses compétences artisanales. »

Datant pour les plus anciennes des XVIe et XVIIe siècles, elles ont certainement été bâties selon des modèles plus anciens. Ces églises orientées ont une silhouette assez caractéristique : hautes et étroites, elles sont surmontées d’un clocher élancé à base carrée du côté oriental, et de toits simples ou à double pans. Les toitures sont recouvertes de tuiles en bois, des bardeaux, fabriquées de manière ancestrale par des bardeliers, encore nombreux dans le Maramureş. Construites en grosses poutres sur un socle de pierre, elles sont traditionnellement composées de trois pièces, liées à la liturgie orthodoxe : l’abside de l’autel, le naos et le pronaos.

Cette architecture vernaculaire reste un patrimoine méconnu. Elle est pourtant le témoin de la richesse culturelle et spirituelle du Maramureş et le reflet de l’habilité des artisans locaux, véritables maîtres dans la sculpture du bois.

Eglise en bois de Deseşti, Maramureş, Roumanie, 2023 - © Caroline Cerezo Soudan

Un cimetière joyeux !

En parcourant le Maramureş, il est difficile de ne pas faire un passage à Săpânţa.

Ici aussi l’église est entièrement construite en bois. Mais ce qui attire, c’est le cimetière qui entoure l’édifice de culte. Surnommé le « Cimetière Joyeux », ce cimetière est unique en Roumanie !
Plus de 800 stèles en chêne sont richement ciselées et peintes de couleurs vives. Le bleu, couleur de fond des monuments funéraires, prédomine, et donne une allure toute particulière à ce cimetière !

Eglise et Cimetière Joyeux de Săpânţa, Roumanie, 2023 - © Caroline Cerezo Soudan

Cette tradition locale remonte à 1934, quand un artisan local, Ioan Stan Pătraş (1908-1977) a commencé à confectionner ces stèles pour les défunts de son village, et cela se poursuit encore aujourd’hui. A partir des croix traditionnelles du Maramureş, Pătraş a décidé de mettre en scène chacun des défunts avec une scénette en bas-relief représentant la personne décédée dans un moment de sa vie ou à l’instant de sa mort. Ce portrait est accompagné d’une épitaphe, un poème, parfois nostalgique, souvent humoristique, rappelant la vie du mort ou un trait de sa personnalité, plus ou moins flatteur ! La vie du village est ainsi décrite et illustrée dans ce cimetière.

En liant un art naïf avec le folklore local ancestral, Ioan Stan Pătraş a créé un cimetière unique, un cimetière joyeux, et s’inscrivant dans les anciennes traditions locales qui faisaient des obsèques des moments de fêtes !

Cimetière Joyeux de Săpânţa, Roumanie, 2023 - © Caroline Cerezo Soudan
Cimetière Joyeux de Săpânţa, Roumanie, 2023 - © Caroline Cerezo Soudan

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