Quand l’on regarde attentivement autour de nous, on se rend compte que le patrimoine est partout ! Il nous entoure de ses grands monuments, mais également d’objets plus modestes, de traditions et de savoir-faire…
Quand la notion de patrimoine a été pensée, définie et structurée légalement dans la période post-révolutionnaire, elle ne concernait d’abord que l’architecture monumentale. Il s’agissait alors de contrer des actes de vandalisme en sauvegardant des monuments anciens majeurs tant pour la mémoire et la connaissance des arts que pour l’identité nationale. Mais depuis, les contours de la notion de patrimoine se sont largement étendus.
Quelle place pour notre patrimoine de proximité dans la conservation patrimoniale ?
Ainsi, la notion de patrimoine est aujourd’hui multiple et regroupe des réalités différentes. Le patrimoine peut être culturel ou naturel, mobilier ou immobilier, et être relatif à l’art, l’histoire, l’esthétique, la science ou la technique… Entre la diversité de genre et l’importance numérique, parler d’ « un » patrimoine n’a que peu de sens.
Cette multiplicité laisse entrevoir des disparités de traitements dans la protection et la conservation de ces patrimoines. Dans les faits, il s’avère que le patrimoine dit « monumental » soit davantage valorisé et reconnu que le patrimoine dit de « proximité » pourtant plus abondant.
Le patrimoine qualifié de monumental est celui qui paraît majeur, historiquement, artistiquement ou symboliquement : il est le premier à avoir bénéficié d’une attention particulière et de mesures de protection (voir l’article Histoires de Patrimoines : Patrimoine et Monuments Historiques).
Le patrimoine vernaculaire, encore appelé « petit patrimoine » ou « patrimoine de proximité », illustre majoritairement les coutumes et les modes de vie locales, des éléments plus diffus du passé. Contrairement au patrimoine monumental qui révèle ponctuellement notre grande Histoire, le patrimoine de proximité est le témoin de toutes les petites histoires locales, les anecdotes sociales qui semblent être de moindre importance, au premier abord.
Mais n’y a-t-il que la grande Histoire qui soit importante au détriment de la petite ?
N’oublions pas que les événements majeurs de notre passé ne sont pas apparus d’eux-mêmes, mais sont la conséquence de faits moins importants. C’est assurément la petite histoire qui forme la grande Histoire : la juxtaposition de tous les petits non-évènements aboutit aux évènements majeurs et marquants de notre Histoire, ceux dont on a conservé le souvenir.
Le patrimoine monumental devrait-il donc être le seul à compter ?
Les constructions vernaculaires, les bâtiments modestes, les coutumes locales, tous les témoins de l’ordinaire et du quotidien, sont l’objet d’un étonnant paradoxe. Leur proximité tant physique que symbolique leur confère une valeur importante dans la définition des identités locales. Ils sont à la fois les représentants d’une culture locale populaire forte, et des éléments attractifs des territoires. Ils sont cependant souvent oubliés et échappent dans bien des cas aux mesures de protections juridiques, notamment celles relatives aux Monuments Historiques. De fait, c’est un patrimoine particulièrement vulnérable. Cette situation est d’autant plus paradoxale que ce petit patrimoine est plus facilement approprié par les individus et la collectivité, du fait justement de sa proximité.
Une nouvelle reconnaissance du patrimoine vernaculaire
Quand en 1964, André Malraux créa l’Inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France, il rappela l’importance de ce patrimoine de proximité :
« À côté de la grande autoroute nationale des monuments protégés, dûment estampillés, l’Inventaire nous mène, par des chemins de traverse, de scieries en fontaines, de retables rustiques en fermes vigneronnes ».
Aujourd’hui on constate une sorte de rééquilibrage entre la protection du patrimoine monumental et celle du petit patrimoine : une halle, un moulin, une fontaine, un puits… Les associations et les élus locaux s’investissent de plus en plus et n’hésitent plus à fédérer la population par la mise en place d’évènements culturels autour de ces biens. Au niveau national également, des associations et fondations ont également été créées en vue de protéger ce petit patrimoine, non inscrit et non classé : on peut notamment citer la Fondation du Patrimoine ou les Vieilles Maisons Françaises. La sensibilisation et l’éducation des populations locales sont des facteurs déterminants pour la protection et donc la conservation de ce type de patrimoine.
Le patrimoine de proximité : élément essentiel pour une dynamique territoriale
Car oui, ce patrimoine vernaculaire, par définition moins visible et moins protégé que le patrimoine monumental est un patrimoine menacé qui mérite tout autant d’être préservé. Au même titre que le patrimoine monumental, le patrimoine vernaculaire est le reflet de notre histoire collective : il raconte une histoire locale, cette fameuse petite histoire, souvent peu contée et pourtant indissociable de la grande Histoire !
Ce patrimoine vernaculaire est également le représentant de la diversité culturelle de nos territoires : il diffère selon les régions et les cultures locales, les constructions, les matériaux…
Rappelons que protéger un bien patrimonial, quelle que soit sa valeur, peut également être un outil d’aménagement, un moyen de valoriser un paysage urbain ou rural, un levier pour le développement local : il peut être un élément attractif pour des touristes, mais également le point d’appui d’un artisanat local retrouvé et valorisé.
La prise de conscience de l’existence d’un élément patrimonial, monumental ou non, ne suffit pas à lui garantir sa pérennité. Il faut lui définir de nouveaux usages pour lui redonner vie, pour ne pas qu’il perde tout intérêt pour la collectivité. Cela est d’autant plus vrai pour le patrimoine de proximité qui a souvent perdu son utilité économique et sociale d’origine.
Sans usage, le patrimoine est comme abandonné et donc voué à disparaître.
Le patrimoine est vivant et doit le rester !
